Cette page présente la vision du bureau d'études : une gestion de l'eau différente et innovante à l'échelle du bâtiment et de la parcelle, fondée sur la séparation à la source et sur des solutions décentralisées. Elle se lit en trois étapes.
Le changement climatique modifie le cycle de l'eau, alors que les besoins, eux, restent les mêmes. Une partie importante de ces besoins se joue dans les bâtiments, avec les usages domestiques de l'eau.
↑ Retour au planLe château d'eau se vide. Le Béarn et le Pays basque ont longtemps vécu dans l'abondance. Mais les glaciers pyrénéens fondent, les étiages s'allongent, et en Nouvelle-Aquitaine le déficit entre besoins et ressources pourrait passer de 250 millions à 1,2 milliard de m³ par an d'ici 2050.

Dans les Pyrénées, le cumul annuel des pluies reste à peu près stable. C'est leur répartition qui change :
Source : Observatoire pyrénéen du changement climatique (OPCC).
Moins d'eau disponible, surtout dans le Sud-Ouest. Sur la carte des débits des rivières à l'horizon 2050, le violet et le rouge marquent les plus fortes baisses. Le Sud-Ouest, en bas à gauche, fait partie des territoires les plus touchés.

Évolution des débits des rivières et de la recharge des nappes (projet Explore 2070, BRGM, 2012).
Les prévisions font état d'une baisse de 30 % de la ressource en eau à l'échéance 2040.
Source : étude Explore 2070, direction de l'eau et de la biodiversité, ministère de la Transition écologique.
En France, un quart de l'eau consommée sert à produire de l'eau potable. C'est sur cette part que travaille le bureau d'études : les usages domestiques de l'eau, dans les logements comme dans les bâtiments collectifs.
Écoles, hôpitaux, espaces verts, bâtiments de bureaux, hôtels et campings : ces usages relèvent eux aussi de l'eau potable, avec des leviers d'action très proches de ceux d'un logement.
Le déficit en eau, c'est le déséquilibre entre les ressources et les besoins.
En quantité, avec des rivières et des nappes plus basses, et en qualité, avec les pollutions qui rendent une partie de l'eau inutilisable.
Agriculture, eau potable, industrie : les usages, eux, ne baissent pas d'eux-mêmes, et culminent en été, au moment où l'eau manque.
À l'été 2026, toutes les unités de distribution d'eau potable du Pays basque sont passées en alerte renforcée.
Une partie des réponses se joue à l'échelle du bâtiment et de la parcelle.
L'eau utilisée dans un logement en ressort presque entièrement : environ 150 litres d'eaux usées par jour et par personne. Mais ces eaux sont loin d'être toutes pareilles.
Elles représentent l'essentiel du volume, mais seulement la moitié de la pollution organique et très peu de nutriments.
Elles concentrent aussi 40 % du phosphore. Ces nutriments sont difficiles à traiter en station d'épuration.
Elles portent un tiers de la pollution organique et la quasi-totalité des germes pathogènes.
Mélanger ces flux, c'est diluer des nutriments précieux dans un grand volume d'eau peu polluée, puis dépenser de l'énergie pour les éliminer.
Les plans d'action nationaux et locaux, comme les 53 mesures du Plan eau ou le plan sécheresse de la Communauté d'agglomération Pays basque, convergent vers les mêmes objectifs.
Diminuer les prélèvements d'eau potable pour les usages domestiques.
Diminuer les volumes d'eaux usées et d'eaux pluviales envoyés aux réseaux.
Améliorer la qualité des rejets.
Favoriser l'infiltration dans le sol plutôt que le rejet aux cours d'eau.
Pour y répondre, le bureau d'études propose un changement de paradigme à l'échelle du bâtiment.
Aujourd'hui, une seule eau, potable, sert à tout, puis repart mélangée et sans valorisation. Une gestion durable sépare les flux à la source et donne à chacun sa meilleure destination.
↑ Retour au planÀ gauche, le bâtiment tel qu'il fonctionne aujourd'hui. À droite, le même bâtiment quand chaque eau est gérée selon sa nature.
Séparés à la source, nos excréments redeviennent de l'engrais au lieu d'une pollution.
Refuser, réduire, puis seulement réutiliser.
Des réponses adaptées au contexte, aux usages et aux attentes.
Tout commence par aller voir le terrain et le sol.
Cette partie n'est ni une liste exhaustive ni un ensemble de solutions parfaites à cumuler : c'est un catalogue dans lequel piocher, selon le terrain, le projet et les attentes de chacun.
↑ Retour au planTraiter ses eaux usées sur place. Quand un bâtiment n'est pas raccordé au tout-à-l'égout, il traite lui-même ses eaux avant de les rendre au milieu naturel.
Les toilettes. Peu de volume, mais l'essentiel de la pollution, des nutriments et des germes.
Douche, lavabo, cuisine, lave-linge. Beaucoup de volume, mais peu chargées.
Les deux ensemble : c'est ce que traitent les filières classiques.

La référence de l'assainissement écologique quand le bâtiment garde des toilettes à eau. Les plantes et la vie du filtre font le travail.

Chez une particulière : deux tranchées de broyat alimentées en alternance, une semaine sur deux.
Les matières fécales sont compostées à part. Il ne reste que des eaux grises, avec environ 5 % de l'azote d'un habitant. Un simple filtre à broyat de bois suffit.
Au-delà de la maison individuelle, les petites stations d'assainissement non collectif traitent les eaux d'un hameau, d'un éco-lieu, d'un camping ou d'un refuge, jusqu'à environ 200 équivalents-habitants. À partir de 20 EH, la réglementation impose une obligation de résultats plutôt que de moyens, ce qui laisse de la place aux solutions sur mesure.
De nombreuses filières nouvelles y apparaissent. Le lombrifiltre, développé par l'association Aneco, en est un exemple : des vers de terre y dégradent la matière organique des eaux usées.
Et si on arrêtait d'enterrer des cuves en plastique ? Construire, c'est imperméabiliser. Il faut alors retenir un volume d'eau calculé sur une pluie de référence, et le rejeter avec un débit régulé.

Extension de maison sur sol argileux. Au lieu de cagettes enterrées et d'un raccordement sous voirie : 40 m² de jardins de pluie en cascade, dimensionnés pour une pluie trentennale.
Oui, il faut un peu plus de surface. Mais c'est du sol vivant, pas du béton.
La révolution des toilettes. La chasse d'eau représente environ 20 % de l'eau potable d'un foyer. Les toilettes sans eau suppriment cet usage et rendent au sol ce qui vient du sol.



Collège Saint-Vincent, Hendaye (64) : 400 élèves, des toilettes sèches et des urinoirs secs, du carrelage, de l'inox, et aucune odeur.
Elles ne se résument plus au seau à sciure. Séparation des urines, ventilation, tapis, composteurs sous plancher, colonnes de chute sur plusieurs étages : les innovations permettent aujourd'hui d'équiper une maison comme un immeuble ou un établissement recevant du public.
Quelques règles de conception font toute la différence entre une installation sans odeur et sans entretien pénible, et une installation qui pose problème.
Dans un immeuble de plusieurs étages, par exemple, d'autres solutions existent : des toilettes à eau qui séparent l'urine dès la cuvette, ou des toilettes séparatives à faible volume d'eau associées à un recyclage, comme à Genève. L'objectif reste le même : séparer à la source et valoriser.
L'urine, un engrais local et bas carbone. L'urine concentre l'essentiel des nutriments de nos excréments, environ 80 % de l'azote et 40 % du phosphore, dans à peine 1 % du volume des eaux usées. Plutôt que de la diluer, puis de dépenser de l'énergie pour l'éliminer en station, on peut la rendre aux cultures.
Leur fabrication consomme beaucoup d'énergie fossile.
Moins d'azote à traiter, moins de protoxyde d'azote émis.
Là où une station est saturée ou subit des afflux saisonniers.
Ce que l'on mange vient des champs, fertilisés en grande partie par des engrais de synthèse : l'azote gazeux de l'air (N₂) est transformé en azote réactif, utilisable par les plantes, dans des usines d'engrais très gourmandes en gaz naturel, le phosphore est extrait de mines. Ces nutriments passent dans notre alimentation, puis dans nos excréments. Dilués dans l'eau des toilettes, ils partent en station d'épuration, qui en élimine une partie sous forme de gaz ; le reste rejoint les rivières. Le circuit est linéaire, de la mine et de l'usine jusqu'à la rivière.
Faire défiler le schéma vers la droite →
Le terme de système alimentation/excrétion relie deux mondes que l'on pense d'habitude séparément : l'agriculture, qui nous nourrit, et l'assainissement, qui gère ce que nous rejetons. Il a été proposé par Fabien Esculier, chercheur au LEESU (École des Ponts), qui a étudié ce métabolisme dans sa thèse et a lancé le programme de recherche-action OCAPI (Organisation des cycles carbone, azote et phosphore dans les territoires).
Expérimentation de valorisation agricole des urines humaines.

Le festival Armor à Sons accueille 60 000 festivaliers en 3 jours : une pression ponctuelle mais forte sur les stations d'épuration du territoire. Plutôt que de traiter ces urines comme un déchet, Dinan Agglomération expérimente une filière complète, de la toilette au champ, dans un cadre réglementaire construit avec la DDTM.
sur le site du festival
6 semaines en cuve hermétique
vers les exploitations
sur colza
Une fois les usages réduits, d'autres eaux peuvent remplacer l'eau potable pour tout ce qui n'a pas besoin d'être potable.

d'eau potable avec la récupération d'eau de pluie (jusqu'à 100 % sur un site autonome) : arrosage, lave-linge, nettoyage, sanitaires.
avec la réutilisation des eaux grises : chasses d'eau, irrigation des espaces verts, souvent par simple gravité.
Les eaux de la douche et du lavabo sont récupérées, traitées et stockées dans le bâtiment, puis réutilisées pour les chasses d'eau ou l'arrosage. Selon les usages, elles remplacent environ 20 % de l'eau potable dans un logement, et 30 % dans un hôtel ou un camping.
douche, lavabo
récupérées en sortie de salle de bain
filtration et stockage dans le bâtiment
chasses d'eau, arrosage
La réglementation vient d'évoluer (décret n° 2024-796 et arrêté du 12 juillet 2024) et ces technologies sont encore naissantes. Résilience H₂O se forme à ces nouveaux procédés pour accompagner les premiers projets.
Lire aussi : et si on récupérait l'eau de pluie de tous les toits de France ? →
Les principaux textes pour chaque solution, avec un lien vers Légifrance.
| Solution | Textes de référence | À retenir |
|---|---|---|
| Gestion des eaux pluviales à la parcelle (infiltration) | Règlements d'urbanisme locaux (PLU, PLUi), zonages pluviaux et schémas directeurs de gestion des eaux pluviales | Rétention à la parcelle imposée en construction neuve et en grosse rénovation. Incitation croissante à l'infiltration plutôt qu'au rejet régulé vers le réseau public. |
| Récupération d'eau de pluie et réutilisation des eaux grises |
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Usages autorisés : chasses d'eau, lavage du linge et des sols, arrosage, nettoyage extérieur, fontaines décoratives. Eaux grises : traitement obligatoire, exigences de qualité selon l'usage et déclaration en préfecture. |
| Assainissement non collectif et assainissement écologique |
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L'arrêté de 2009 est mal adapté au traitement des eaux ménagères seules : le filtre à broyat n'y est pas prévu. L'expérimentation de 2023 (France Expérimentation, 5 ans, 30 sites, suivi INRAE) ouvre la voie à une reconnaissance réglementaire. Hors expérimentation, un filtre à broyat est déclaré non conforme par le SPANC, sans pénalité : c'est un choix qui relève de la responsabilité du propriétaire. |
| Toilettes sèches | Arrêté du 7 septembre 2009, article 17 : explicitement autorisées | Aucune interdiction dans les zones d'assainissement collectif. Positions favorables du gouvernement et des ARS, dans tous les types de lieux (habitat, ERP, événementiel…). |
| Valorisation des urines en fertilisation | Réglementation agricole (plans d'épandage) : pas de cadre spécifique | L'urine humaine est acceptée comme source d'azote dans les plans d'épandage. Elle reste interdite en agriculture biologique à ce jour ; une évolution est attendue. |
Les liens ouvrent la version publiée au Journal officiel. Légifrance donne aussi la version en vigueur, avec ses modifications.